mardi 31 décembre 2019

Adieu à Mathieu Coutisse, "remorqueur d'étoiles", par Chloé Landriot

J'ai appris hier la disparition de Mathieu Coutisse, qui avait eu la gentillesse d'écrire la quatrième de couverture de mon second recueil "Vingt-sept degrés d'amour", paru chez Patrice Maltaverne aux éditions du Citron Gare. 
C'est justement grâce à Patrice que nous avions commencé à correspondre, ou plus exactement grâce à cette drôle de manie de Traction-brabant de faire figurer les adresses des poètes publiés, pour qu'ils s'entr'écrivent si le cœur leur en dit. 
Mathieu Coutisse (alias Michel Delfosse dans la vraie vie) m'avait contactée au sujet de mes tout premiers poèmes. Il a été l'un des premiers à m'encourager à continuer. Ce premier message très court était signé : Mathieu Coutisse (poète assez vieux et plus tellement inspiré, qui prend donc plaisir aux réussites des autres).

C'est tout dire de sa générosité et de sa manière de ne pas se prendre trop au sérieux. Nous nous sommes écrits ensuite pour partager nos impressions de lecteurs sur les revues poétiques auxquelles nous étions abonnés, il m'a dit ses regrets de s'être soumis aux exigences de sa vie professionnelle au détriment de ses "tendances de poète", ce qui lui donnait le sentiment, la retraite venue, d'avoir du temps à rattraper. Ses recueils ont paru aux éditions Lanskine et le dernier à compte d'auteur.

La note bio-bibliographique de son éditeur se trouve ici : http://www.editions-lanskine.fr/les-auteurs
Il avait le sens de la brièveté qui donne à rêver, dans des poèmes où la tendresse pour la nature e les gens affleure à chaque instant. Ici, quelques extraits du Canard bleu et noir (Lanskine, 2017)

Tous les coquelicots sont en pèlerinage
Et se reposent un peu entre les paysages.

J'ai été l'écorce des arbres
Ensuite, ou peut-être avant,
Caïd d'un gang de coups de vent.

Abandonnée par Prométhée
Une vieille en pelisse éraillée
Gratte un loto dans un bistrot

Ses textes habitent l'univers des comptines, celui des enfants qui prêtent vie aux choses et aux animaux :

Une cerise embrasse un œuf
Si blanc, dodu, décoquillé
Qu'elle n'a pu lui résister

Le mouton a demandé l’heure
L'arbre ne la lui dit pas
Le vent s'amuse avec le chat

Et parfois, au détour d'un tercet, il définit sans façons le travail du poète :

On me croit des plus occupés
Je ne suis en réalité
Que la lucarne du grenier

Le chagrin n'est jamais bien loin, il prépare le café, en bas, tandis que l'espérance traîne sous la couverture, ou bien il déborde des tiroirs, comme la mer adriatique, mais ce n'est pas bien grave, car dans ses poèmes, "la joie couche avec le cafard".

Et derrière cette simplicité et cette tendresse, on retrouve l'idée d'un chemin, celui que nous parcourons tant bien que mal dans cette vie, qui vaut assurément d'être vécue, comme me l'écrivait Michel dans son dernier message.

Ça fait longtemps que je suis mort
Et pourtant je m'agite encore,
C'est que je suis un être humain
Et n'ai que mon temps pour chemin.

J'ai le brevet de remorqueur d'étoiles
Pourtant ce sont elles qui me tirent
Toutes ensemble et très lentement.

Un jour viendra où en partant me promener avec le chien
Nous pourrons inviter aussi les plantes du jardin.



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